Le point de départ de la "nouvelle ligne française" en matière diplomatique date seulement de fin août . Est-ce que les annonces récentes et l'agitation présidentielle au sein de l'UE marquent un vrai changement de fond en politique étrangère ou s'agit-il de prendre des positions tranchées voire provocantes avant de temporiser ? Natalie Nougayrède : Il est clair qu'il y a une inflexion dans la politique française sur le dossier nucléaire iranien, dans la mesure où Nicolas Sarkozy et le ministère des affaires étrangères prônent désormais officiellement l'adoption de sanctions contre l'Iran en dehors du Conseil de sécurité de l'ONU, c'est-à-dire au niveau des vingt-sept pays membres de l'UE. C'est une position que l'équipe de Jacques Chirac avait toujours refusé de prendre, alors que les Américains, depuis plusieurs années, s'employaient à pousser les Européens vers des mesures plus dures contre l'Iran, susceptibles d'amener le régime iranien à changer de position et à accepter la suspension de l'enrichissement d'uranium. Il m'est impossible de dire à ce stade si le durcissement français n'est que de forme et si Paris a le sentiment que cela ne ferait que précéder un règlement subit de cette question.
Alexis : La France va-t-elle, enfin, moraliser sa politique étrangère et œuvrer à la démocratisation du monde ?
Natalie Nougayrède : La présence de Bernard Kouchner au gouvernement tend à faire passer que la politique étrangère française, du fait même de sa personnalité et de son parcours, parlera plus haut, plus fort des droits de l'homme. Le ministre a déclaré devant des ambassadeurs français fin août à Paris que les ambassades de France devaient être des maisons des droits de l'homme. Il est évident, et lui-même le reconnaît, que Paris doit composer avec d'autres facteurs, et sa récente visite à Moscou l'a montré. M. Kouchner n'a pas prononcé de mots particulièrement durs contre le régime de Poutine en public ou devant des journalistes russes, parce que, précisément, sans doute, il était engagé dans des négociations très délicates à propos de l'Iran et de l'avenir du Kosovo. Deux questions pour lesquelles le consentement de Moscou est important.
Vincent S : On ne peut pas croire que les déclarations françaises relèvent de la simple maladresse. Quel est le sens à tout ceci ? Est-ce que la France joue un rôle afin de permettre aux Etats-Unis de faire avancer le dossier en prônant la diplomatie ?
Natalie Nougayrède : Je pense que la France a décidé que l'approche américaine consistant à resserrer l'étau des sanctions sur l'Iran pour montrer à ce pays que les Occidentaux et la communauté internationale étaient unis sur le dossier nucléaire et pour faire preuve de détermination, était la bonne. C'est un changement par rapport à la période Jacques Chirac, parce que le prédécesseur de Nicolas Sarkozy n'avait jamais réellement cru en l'efficacité des sanctions. Peut-être que le ministre Bernard Kouchner, dans son expression, est allé plus loin qu'il ne l'aurait voulu, en tout cas très certainement plus loin que le langage officiel de la diplomatie française sur ce dossier. Mais je pense qu'il n'a pas été mécontent du fait que le mot "guerre" qu'il a employé, même pour dire qu'il voulait en réalité l'éviter, figure dans ses déclarations. Il y a à Paris une volonté de souligner la gravité de cette crise, et de reconnaître officiellement que le scénario militaire, même si on ne le souhaite pas et qu'on déclare vouloir tout faire pour l'éviter, est quelque chose avec lequel il faut compter. C'est une façon de dire : l'option militaire n'est pas une vue de l'esprit, contrairement à ce que certains à Téhéran semblent vouloir penser. L'équipe Sarkozy, en adoptant ce genre de rhétorique, vient en appui à la politique américaine, mais ne s'aligne pas entièrement sur celle-ci. Car officiellement, côté français, personne à ce stade n'a dit que toutes les options étaient sur la table. Une expression régulièrement employée par l'administration Bush.
Pedro : Est-ce que Paris fait monter les enchères considérant que l'Iran détient entre ses mains la clef de nombreuses solutions ou décrispations de crises au Proche-Orient (Irak, Liban-Sud, Gaza) ? C'est un pari risqué mais conforme à la personnalité de Sarkozy. Qu'en pensez-vous ?
Natalie Nougayrède : Je pense que les responsables français ont depuis longtemps établi une distinction entre le dossier nucléaire iranien et son traitement, d'un côté, et de l'autre, les crises régionales dans lesquelles l'Iran joue un rôle. La question de la prolifération donne lieu à un traitement particulier, et la France a un rôle de pointe sur cette question, précisément parce qu'elle est une puissance nucléaire. Depuis le début de la crise nucléaire iranienne en 2003, la France cherche à faire en sorte que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire. Et cela explique les démarches qui ont été faites aux côtés d'autres Européens auxquelles se sont joints plus tard, en 2006, les Américains. Mais bien sûr, dès lors qu'il s'agit de l'Iran, chacun peut avoir à l'esprit l'influence de ce pays à travers toute la région du Proche et Moyen-Orient et les relais dont dispose la République islamique dans plusieurs foyers de crise, que ce soit au Liban, dans les territoires palestiniens ou en Irak. La diplomatie française, tout comme celle des Etats-Unis, doit composer avec toutes les données. Mais officiellement, la question de la bombe nucléaire iranienne est traitée de façon spécifique, à part.
James : Est-ce Paris n'est pas en train de devenir pour Washington ce que Blair était pour Bush ? Comment l'expliquer alors que Bush est en fin de mandat, qu'il est un président "canard boiteux", comme on dit ?
Natalie Nougayrède : D'abord, la France n'est pas en toute chose alignée sur les positions américaines. Sarkozy a voulu créer une atmosphère nouvelle avec l'administration Bush, et il a multiplié les signaux dans ce sens, comme par exemple sa visite à la famille Bush cet été à Kennebunkport. Mais en réalité, il y a toujours des hiatus, que ce soit sur le réchauffement climatique, la Cour pénale internationale, mais aussi, de façon plus subtile, sur le traitement du dossier libanais, où Paris prône la voie du consensus entre les différentes forces libanaises, et encore, je le souligne, Paris n'a jamais dit, sous Nicolas Sarkozy, que l'option militaire contre l'Iran était sur la table. Bush est peut-être perçu parfois comme un canard boîteux, mais il est encore en poste jusqu'à la fin de l'année 2008, et c'est précisément durant l'année 2008 que beaucoup de choses pourraient se décider sur le dossier nucléaire iranien. On est entré dans une phase assez critique, avec la possibilité d'une nouvelle résolution de sanction à l'ONU, avec des accusations américaines renforcées contre l'Iran à propos de ses ingérences en Irak. La réunion prévue en novembre d'une conférence sur le processus de paix au Proche-Orient, et aussi les échéances politiques au Liban, où une présidentielle doit avoir lieu. Et c'est parce que tous ces éléments sont réunis, lourds de risques, que l'équipe Sarkozy est obligée de chercher à donner des impulsions pour essayer peut-être d'influencer la politique américaine, mais aussi pour essayer d'entraîner les autres Européens vers des positions communes. Je ne pense pas qu'on puisse dire aujourd'hui que Sarkozy participerait à une quelconque opération militaire contre l'Iran, de la même façon que Tony Blair l'avait fait en 2003 contre l'Irak. En tout cas, on ne peut pas en avoir la certitude.
XxX : Est-ce que la France a les moyens d'infléchir sa politique étrangère ? Etait-ce à la France de prendre cette initiative même verbale ? Que signifie avoir une politique étrangère autonome aujourd'hui ?
Natalie Nougayrède : Quand Bernard Kouchner tient ces propos-là, et d'ailleurs ils ont été mal interprétés car il voulait dire essentiellement éviter la guerre, et non pas œuvrer pour qu'elle se produise, il ne s'agit pas d'une initiative française. Les initiatives françaises sur ce dossier, ce sont les discussions vers deux choses : des sanctions prises au niveau européen, et un nouveau train de sanctions qui seraient adoptées par l'ONU. Cet été, je pense que Nicolas Sarkozy a préparé le durcissement de la politique française sur l'Iran, notamment lorsqu'il a discuté avec George Bush. Pour l'instant, cela relève plutôt d'un choix autonome, qui n'est d'ailleurs pas suivi facilement par tous les autres Européens. Mais il faut faire attention aussi au langage officiel et celui-ci dit que les négociations doivent se poursuivre avec l'Iran, coûte que coûte, d'après Bernard Kouchner, même au risque de subir des rebuffades. Il y a donc deux volets : l'un, celui des pressions, avec les sanctions, et l'autre, celui du dialogue avec Téhéran. Et ce dialogue avec l'Iran, la France et les Européens le mènent de façon plus intense que les Américains. Dans ce sens, on ne peut pas dire que la politique française soit totalement identique à celle des Américains.
bbb : Vous étiez avec M. Kouchner à Moscou... En dehors du Kosovo et de l'Iran, existe-t-il encore des points de divergences importants entre la France et la Russie ?
Natalie Nougayrède : On peut mentionner encore la question des conflits gelés, qui met aux prises parfois la Russie d'un côté, l'Europe et les Etats-Unis de l'autre. Il y a les questions énergétiques, d'autant qu'on peut se souvenir que Nicolas Sarkozy a accusé Moscou de "brutalité" vis-à-vis des pays voisins en matière énergétique. Et on peut mentionner encore l'affaire de l'embargo russe sur la viande polonaise. Et de façon marginale, mais cela figurait aussi dans le voyage de Bernard Kouchner, la question des libertés publiques et de la liberté de la presse, qui désormais peut être aussi source de tension entre Paris et Moscou.
Le Monde.
2 commentaires:
ou est l'opposition? kouchner n'est pas tres malin, il n'en est pas a sa 1er bourde, il retourne sa veste et en plus il ne fait rien
. Et que dire de jospin...non pas que j'ai une grande affection pour la sego mais faut pas pousser quand meme. il se permet de la critiquer apres un echec memorable lorsqu'il s'etait presenté( pas passé au 2eme tour battu par le pen)et apres avoir demissionné la queue entre les jambes. je trouve cela vraiment deplacé. sarko a tous les pouvoirs et ce n'est pas fini malheuresement. bon en meme temps chez nous c'est pas mieux george est toujurs là.
hutchinson
j'ai jamais vu ça. la vie politique
française atteint un niveau en dessous de zero. revolutioooooooon!
hutch
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