jeudi 19 juillet 2007

Erotomanie : quand l’amour déraisonne…


Votre voisine de palier ne cesse de vous glisser des mots doux dans votre boite aux lettres et vous attend chaque jour dans l’escalier… Peut-être n’avez-vous pas à faire à une simple amoureuse mais à une véritable érotomane. Qu’est-ce que c’est ? Un trouble touchant majoritairement les femmes, qui ne se contente pas de faire souffrir celles qui en sont atteintes mais aussi l’élu de leur coeur… Explications de ces amours déraisonnables.

Médecin à l’hôpital Sainte-Anne pendant 15 ans, le Dr Dalle a suivi une douzaine de patientes victimes d’érotomanie pendant plusieurs années. Au-delà des clichés, il nous livre sa vision de cette véritable maladie.

Des manifestations très variables

Présente à toutes les dédicaces de son écrivain préféré, Sylvie est plus qu’une fan. Après moult compliments sur son oeuvre, l’auteur flatté la remercie par quelques mots aimables. Des paroles légères que Sylvie interprète aussitôt comme une véritable déclaration d’amour, certains signes, certains gestes, certains mots ne sauraient la tromper. A partir de cette illusion initiale, Sylvie n’aura de cesse d’écrire à l’auteur des lettres enflammées, de l’attendre lors de toutes ces apparitions publiques, de lui envoyer ses clés d’appartement. Les refus polis ou les rebuffades de l’auteur n’y feront rien, elles seront sitôt interprétées comme le résultat d’un complot visant à faire taire cette idylle imaginaire. "Au-delà de cet aspect de café-théâtre, l’érotomanie est finalement révélée au grand jour qu’à la suite d’un esclandre, qui fera intervenir la police et ensuite la prise en charge" nous précise Benoit Dalle.

Selon certains psychiatres, l’érotomanie suit le cycle "espoir, dépit, rancune, agression" envers l’objet aimé soudain détesté. Pour le Dr Dalle, ces agressions sont le fait d’une extrême minorité et bien qu’il en ait été lui-même la victime de la part de l’une de ces patientes, il est persuadé que l’érotomanie est moins dangereuse pour l’être aimé que pour le patient. Les pensées suicidaires sont plus fréquentes que les tentatives d’agressions.

L’illusion délirante d’être aimé

Décrite pour la première fois au début du XXe siècle, l’érotomanie était considérée comme l’illusion délirante et durable d’être aimé. Depuis, une définition assez semblable de ce trouble psychologique a intégré la bible américaine de tous les psychiatres, le célèbre "Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux".

Relevant d’une certaine forme de délire paranoïaque, l’érotomanie est essentiellement une affaire de femmes. L’érotomane n’existe plus que pour l’objet de son désir amoureux, auquel elle attribue l’initiative de cet amour. L’être aimé est le plus souvent socialement et/ou intellectuellement supérieur (écrivain, acteur, avocat, prêtre, médecin…). Dans l’esprit de l’érotomane, c’est l’autre qui a choisi de l’aimer : "C’est lui le premier qui est tombé amoureux, le premier qui a fait des avances. Par ailleurs, l’érotomane est persuadé que l’objet de son amour fait tout pour dissimuler cette passion en bénéficiant de l’aide de l’ensemble de son entourage. L’imagination extrêmement fertile du patient lui permet d’interpréter le moindre signe comme confirmant sa thèse" nous précise le Dr Benoit Dalle. Son délire n’affecte que cette sphère du désir, la personne n’étant par ailleurs atteinte d’aucun déficit mental.

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