mardi 23 janvier 2007

L'Empire


David Lynch a bientôt 61 ans. L'éminent réalisateur d'Eraserhead (1977) sort le 7 février le troisième volet de sa trilogie hollywoodienne. Après le cauchemardesque et brillant "Lost Highway" (1996), le labyrinthique et lesbien "Mulholland Drive" (2001), voilà enfin "InLand Empire" (voir le trailer du 7 janvier sur Zônart). Le (à priori) futur chef-d'oeuvre nous plonge trois heures dans les marais opaques de l'inconscient.

La différence fondamentale qui subsiste pour son dernier film semble être la manière dont il a opéré. En effet InLand Empire s'apparente davantage à un geste d'artiste qu'à celui d'un réalisateur contraint par huit semaine de tournage. Il choisit la caméra numérique pour entretenir un rapport plus intuitif avec les images. Intimité, filmage lo-fi loin des HD high-tech en vogue, et, dans la foulée, mixage à la maison au coin du feu. Il choisit une équipe de tournage réduite et s'offre le luxe de tourner sans avoir nécessairement la structure du film en tête parce que avec le numérique on n'est plus limité par le temps, ni le coût de la pellicule. Vis-à-vis des acteurs, il est possible de travailler sans avoir à dire "Coupez!". Selon lui: "...rien que la possibilité de voir le résultat en direct sur l'écran vidéo de contrôle pendant qu'on filme et de pouvoir réagir à l'instinct, comme lorsqu'on joue de la musique, cela bouleverse mon travail." Lynch a donc décidé de faire du cinéma comme on fait de la peinture: s'offrir le temps de la réflexion, laisser entrouvertes les portes du laboratoires, tourner en bourrique pour remettre perpétuellement en cause les méandres du processus de création.

Le génie ne s'arrête pas là, il a décidé de ne pas suivre les sentiers mécaniques de la distribution industrielle cinématographique américaine actuelle: "Je vais faire tout seul la tournée des villes, comme à l'époque où les producteurs de musique sillonaient l'Amérique en voiture, avec leurs disques dans le coffre, pour persuader les programmateurs de radio de les passer à l'antenne. Je vais rencontrer les gens, comme à la sortie d'Eraserhead, quand je connaissais les propriétaires de salles, qui pour certains, ont projeté le film pendant quatre ans, aux séances de minuit. Les exploitants sont le bout de la chaînes et les cinéastes n'ont plus aucuns contact avec eux. C'est fou! Il est tellement important de renouer ce lien, de vérifier le volume sonore, la qualité de l'image. Avoir le sentiment qu'ils ont envie de passer le film dans les meilleures conditions, et leur montrer que leur travail a de la valeur. Et rencontrer les spectateurs aussi. On ne les croise plus jamais."

On peut quand même imaginé que David Lynch n'aura pas de mal à remplir les salles obscures tant il compte d'aficionados prêt à payer volontiers leur place de cinéma, mais en décidant de se produire et de se distribuer lui même il pose peut être les jalons d'une nouvelle façon de montrer le cinéma en renouant avec sa fidèle vision très américaine: "Si vous voulez faire quelque chose, faîtes le vous-même.." (prononcé à l'époque de Erasehead lorsqu'il était encore étudiant à l'école d'art de Philadelphie). Just do it!

A noté qu'il a pour projet de réalisé La Métamorphose de Kafka. J'en trépigne d'avance!

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